Eau et assainissement dans les bidonvilles : un constat effroyable

 

 La grande pauvreté dans les campagnes oblige les paysans et les pêcheurs  à migrer vers d’autres régions mais surtout vers les grandes villes.
Manille s’engorgent de plus de 200 000 arrivants par an et cet afflux continu dans une capitale surpeuplée au bord de l’asphyxie,  couplé à une forte démographie s’avère dramatique ; Plus de 600 bidonvilles gangrènent les ponts, les voies ferrées ou les rivières inondables.

Cette urbanisation sauvage, extrêmement dense, pose d’énormes défis en termes de services de santé et d’éducation mais aussi en infrastructures vitales : approvisionnement en eau, inexistence de WC, assainissement  et gestion des déchets inexistants…

Le manque de volonté politique, l ‘énormité de la tâche, la corruption, les difficultés techniques mais aussi la réticence du gouvernement à investir  dans des zones de non droits pour des habitats informels qui risquent à terme d’être démolis, conduisent à une situation catastrophique :

Chaque année près de 2 millions de m3 de pollution organique (matière fécale) se déversent dans  les rivières autour de Manille qui  sont mortes biologiquement, l’eau souterraine est contaminée par des coliformes rendant l’eau en théorie non potable. Qui a déjà parcouru les ruelles de ces bidonvilles connait l’odeur insoutenable et les écoulements qui suintent sur le sol

Les enfants  des bidonvilles, souvent malnutris et en mauvaise santé sont les premiers touchés par les maladies, diarrhées, problèmes intestinaux  dus à l’absorption répétée d’eau souillée entrainant parfois la mort.

Les habitants des bidonvilles de Manille ont un accès difficile à l’eau potable, limitée à seulement 5 à 30 litres par jour qu’ils achètent trois fois plus cher en bouteilles plastiques,  à des petits revendeurs, parfois loin de leur domicile. 20% du budget familial est dépensé pour un service de mauvaise qualité.

Les entreprises fournisseuses d’eau rechignent à investir des infrastructures complexes et couteuses dans des territoires informels où les habitants ne peuvent assurer le cout des branchements privés: au mieux elles installent des bornes fontaines et réservent leurs investissements pour les quartiers aisés.

 

La solution proposée par l’association française Eau et Vie

Cette entreprise nantaise crée en 2008 par Philippe de Roux et Valérie Dumans vise à raccorder chaque bénéficiaire au réseau d’eau potable avec arrivée dans chaque maison d’une eau non contingentée, immédiatement disponible et saine.

Après de longues négociations avec les chefs de Baranguays (quartiers) Eau et Vie crée une entreprise sociale sur place (Tubig-Pag Asa = Eau et Espoir) qui construit un réseau d’eau qui va se connecter  à celui du concessionnaire de la ville ; le cout du raccordement pour chaque famille est beaucoup moins cher et étalé dans le temps (environ 150 euros) ; Tubig-Pag Asa assure tous les services : lecture des compteurs, paiement hebdomadaire à domicile, entretien du réseau…

 

 

Apporter l’eau au cœur de ces ruelles impraticables, tortueuses permet de crée des bouches anti incendie et former des brigades de pompiers volontaires (1 pour 200 familles) car les incendies sont très fréquents dans les bidonvilles de Manille du fait des matériaux très inflammables  (bois, cartons) de la densité de l’habitat et de l’exiguïté des ruelles.

Enfin Eau et Vie a développé une approche globale pour améliorer les conditions de vie, notamment par la gestion des déchets et surtout un service d’assainissement qui comprend l’évacuation des eaux usées ainsi que la création  de toilettes et douches entretenues et  durables.

 

Les familles bénéficiaires sont parties prenantes de ces projets pour définir les besoins et constituent 80% du personnel employé par l’entreprise locale (80 personnes aux Philippines aujourd’hui). Elles suivent des sessions de formation qui renforcent leur confiance en eux leur permettant à leurs tour de transmettre leur savoir en termes d’hygiène, gestion des déchets, lutte anti incendie…

 

Aujourd’hui Eau et Vie est intervenu dans 20 bidonvilles et fournit de l’eau courante à 20 000 bénéficiaires ; l’objectif pour 2020 est de 9 000 bénéficiaires de plus et le lancement d’un projet pilote de gestion des déchets et d’assainissement.

Pour un bidonville il faut compter un investissement de 50000 euros pour les infrastructures pour l’eau et jusqu’à 80000 y compris l’assainissement et les déchets.

L’agence locale vise la viabilité financière et auto finance actuellement 80% de son action ; les bénéfices sont réinvestis pour poursuivre de nouveaux programmes.


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